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Publié le 17-05-2018

Augustin Houphouët Abdoulaye Thiam : Sa Majesté le Gouverneur

C'est un roi. Il en a la prestance et l'estime de soi. C'est un gouverneur. Il en a l'étoffe et la vision. Il écoute Mozart et Bach et il préside le tribunal traditionnel baoulé. Portrait d'un homme de synthèses.
Les astrologues le classeraient, en référence à sa date de naissance, le 14 août 1952, sous le signe du Lion, le roi de la jungle. Lui est plutôt roi des Akouè, le chef des chefs de 43 villages et il faut l'appeler Nanan Boigny N'Dri troisième du nom. Dans sa cour de Yamoussoukro, son autorité ne fait l'ombre d'aucun doute et cela n'est pas dû qu'à sa stature d'un mètre quatre-vingt quatre.
Quand Nanan accepte de nous rencontrer, les 2/3 des chefs de villages, malgré notre visite impromptue en compagnie de trois Suissesses (journalistes et photographe) à son domicile à Yamoussoukro, sont présents en habits d'apparat. « Nous sommes des obligés du roi. Quand il nous appelle, toutes activités cessantes, nous répondons présents » ???? et pour lui adresser une doléance, accroupi, la main droite sur le genou de Nanan, le porte-voix, la tête inclinée, lui parle à voix basse en baoulé, la première langue que le roi des Akouè a apprise dans sa tendre enfance. Nanan hoche la tête en signe d'acquiescement, l'homme se relève satisfait et traduit à haute voix aux autres chefs présents la générosité de Nanan. En pays baoulé, le roi a le verbe rare et écoute beaucoup. Aussi, Nanan Boigny N'Dri III parle-t-il peu. Ses notables sont plus loquaces. Mais ce Nanan-là est aussi le gouverneur du  district autonome, collectivité territoriale de statut particulier de Yamoussoukro. Et le gouverneur, qui a rang de ministre, fut dans une autre vie, docteur en médecine, puis journaliste, à l'hebdomadaire panafricain Jeune Afrique.
Il sait donc l'importance de la communication dans la vie d'un administrateur de son rang, sans être un féru des manchettes de journaux, ni des plateaux de télévisions ou de radios.
En parlant de sa première profession de médecin, le docteur d'Etat dit avoir  voulu rendre à la vie un trop-perçu. Troisième garçon d'une famille de 7 enfants, de l'éducation reçue par ses parents Mariétou Sow et Amadou Thiam (journaliste, ancien Dg de Fraternité Matin, fut ministre de la Communication, ambassadeur au Maroc) Augustin Thiam  garde des souvenirs impérissables : « Nous avons été éduqués dans le respect du travail. Le matin : douche, petit déjeuner, école. Après les cours, nous récitions nos leçons. Quand le résultat n'était  pas satisfaisant, nous n'avions pas droit à la télévision. Et le jeudi, si tu n'as pas un bon carnet, les autres vont au cinéma, toi tu travailles pour n'avoir pas été capable de bien apprendre tes leçons. Nous sommes une famille qui cultive deux qualités indispensables : la discrétion et l'humilité. Nous n'avons jamais manqué de rien. »  Manqué de rien, chez les Thiam est un euphémisme car tous les membres de la fratrie sont peu ou prou des célébrités.discrètes : l'ancien ministre du Plan, le benjamin Tidjane, patron du  Credit suisse; l'aîné à la barbe sel-poivre Daouda, ancien ministre de l'Energie et actuel conseiller spécial du Président Ouattara ; Aziz, lui aussi ancien ministre et vice-président de Necotrans ; la banquière à la retraite N'Deye  Ana et Yamoussou qui a une  bijouterie de luxe à Abidjan.
Et quand on a été élevé par Mamie Faitai, la soeur  aînée du Président Félix Houphouët-Boigny, on est forcément imprégné des us et coutumes akan et plus particulièrement baoulé et on comprend alors le choix de la famille et du village sur Augustin, héritier du trône depuis son arrière grand'mère maternelle Kimou Yamoussou dite Yaa Kan. L'initiation aussi, dans le bois sacré, laisse des traces : aujourd'hui encore, dans l'ancien Palais présidentiel, Nanan Boigny N'Dri III, chrétien catholique, frappe avant d'entrer dans la chambre de son grand-père Félix Houphouët-Boigny. Dans ses habits de roi des Akouè, Nanan est conscient de sa charge et la recherche du consensus reste la voie privilégiée pour résoudre les problèmes entre ses sujets. Démocrate ? Plutôt monarque le chef des chefs Akouè qui pense qu'il faut de grands hommes de la trempe des Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara, Gandhi, Luther King, Mandela, pour diriger les peuples et servir de modèles. Lecteur de Baudelaire, Camus, Sartre, et versificateur pour son propre plaisir, il y a en Augustin Thiam un panachage qui peut sembler contre-nature au prime abord et qui pourtant fusionne très bien chez lui. Quand il est Nanan Boigny N'Dri III, il est peu prolixe mais parle un baoulé pour initiés ; quand il est le gouverneur de district Thiam, il s'exprime sans faux-fuyants dans un français châtié ponctué de citations de grands auteurs dont Nietzsche. Et même s'il se défend d'être un politicien, il a bien été convaincu par la politique et le charisme du Président Ouattara pour qui il a battu campagne. Pour son district, il voit grand : « On a écrit le plan stratégique de développement de Yamoussoukro pour les 15 prochaines années, et pour ce plan nous avons rencontré des investisseurs. Ainsi, pour les 15 prochaines années, ce sont  500 milliards de FCfa  d'investissements qui sont prévus, dont  4 projets : l'autoroute de contournement de la ville, longue de 33 Km, à péage, par l'ouest ; un abattoir moderne ;  un Mall ; une opération immobilière de 5 000 logements ; et 3000 emplois directs sur 3 ans, pour ces projets.  Le Mall, l'autoroute et l'opération immobilière vont commencer en même temps cette année et le plus important c'est de commencer car le transfert de la capitale ne s'improvise pas. Il faut construire des bureaux, des maisons. Nous voulons faire aussi de Yamoussoukro une ville numérique avec le wifi gratuit»
De l'avis de ceux qui l'ont bien connu antérieurement, la royauté a bien déteint sur Sa Majesté le gouverneur qui a été choisi pour le trône akouè depuis sept ans. Avant, on le disait « bouillant » pour dire peu. Aujourd'hui, sa double casquette de dirigeant l'exhorte à être un modèle et Nanan  en est conscient : « J'ai beaucoup appris et je ne réponds plus à la provocation. Vous savez, le mépris est la plus grande des injures. On vous fait des choses pour vous obliger à réagir, et avant je réagissais, mais plus maintenant. J'essaie d'appliquer l'équanimité, être toujours pareil, d'humeur également.» Yohan, le nouveau diplômé en graphic design, peut être fier de son père, le violoniste à ses heures perdues qui a appris à accorder les violons dans son royaume et dans son district. Côté jardin, c'est avec plaisir que Nanan nous a présenté l'élue de son coeur en fond d'écran sur son téléphone et là c'est juste l'homme Augustin Thiam qui s'exprimait.